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Points de vigilance
Préambule :
objectifs de la note, précautions et limites
L'analyse critique
décrite ci-dessous des volets « énergie-climat » des
programmes des listes républicaines candidates complète l'évaluation
des programmes réalisée également par Virage-énergie Nord-Pas de Calais
dans le document intitulé « Evaluation des programmes par critères ».
Des sujets non abordés et pourtant cruciaux jusqu'aux « fausses bonnes
solutions », en passant par certaines incohérences, ce document
identifie des « points de vigilance » que l’association souhaite mettre
en lumière.
L’objectif est de
contribuer à la définition et à la mise
en œuvre de politiques de lutte contre le dérèglement climatique qui
soient les plus pertinentes possibles. Le but est aussi d'éclairer un
peu plus le choix du citoyen, pour le premier tour du 14 mars, sur les
questions climatiques et énergétiques.
Cette analyse doit se
lire comme un complément de l'évaluation complète
des programmes qui a été également réalisée : cette dernière présente,
par critères que nous considérons comme essentiels, le contenu «
énergie-climat » de chaque programme.
Cette contribution
citoyenne au
débat se veut constructive. Sa nature propre présente certaines limites
inhérentes à la « matière première » analysée, à savoir les programmes
en eux-mêmes. Une liste candidate ayant fourni un programme présentant
dans le détail ses propositions dans le domaine s'ouvre de facto à la
critique davantage qu'une liste candidate qui aurait moins prolixe en
propositions...
Evaluation globale des
programmes et analyse critique
présentée ici vont par conséquent de paire pour celui ou celle qui
souhaite disposer d'un éclairage le plus approfondi possible.
Centrale
nucléaire de Gravelines : peu de positions.. et pourtant la Région est
concernée !
A deux exceptions près (Europe Ecologie, NPA), aucun programme ne se
positionne par rapport au devenir de la centrale nucléaire de
Gravelines et de ses six réacteurs.
La Région n'est pas
compétente pour la construction et l'exploitation
des centrales électronucléaires. Elle peut néanmoins exercer un rôle
essentiel dans ce domaine:
les élus régionaux
peuvent soutenir ou non un éventuel projet d'Etat de
construction d'un réacteur EPR sur le site de Gravelines ou d'une
éventuelle décision de prolonger la vie des réacteurs les plus anciens.
A contrario, les élus peuvent aussi faire entendre leurs voix auprès de
l'Etat si ils ne souhaitent plus que leurs administrés vivent le risque
d'un accident nucléaire sur leur territoire et subir les impacts
environnementaux et sanitaires de ce mode de production électrique;
C'est d'ailleurs au
niveau des alternatives à l'énergie nucléaire que
le rôle de la Région est essentiel. Avec le scénario régional
Virage-énergie Nord-Pas de Calais, il a été clairement montré qu'il est
possible de se passer de l'énergie nucléaire en région d'ici 2020 et
définitivement en 2030, tout en réduisant les émissions de CO2.. La
condition de réussite est la mise en place, dès aujourd'hui, de
politiques ambitieuses d'économies d'énergie et d'électricité
renouvelable, domaine où la Région a les moyens d'agir.
Il est à noter à
cet égard que deux réacteurs à Gravelines franchiront
en 2010 l'âge de trente ans, durée de fonctionnement considérée, lors
de leur construction entre 1974 et 1980, comme
« conventionnelle ». Pour que les réacteurs puissent voir
leur durée de fonctionnement prolongée, l'exploitant (EDF) doit pouvoir
recevoir une autorisation d'exploiter, après une visite dite
« décennale » du réacteur concerné. Celle-ci devrait donc
s'appliquer cette année aux deux réacteurs mis en service en 1980. Le
franchissement du cap des trente années de fonctionnement de ces deux
réacteurs ne constituerait-il pas une bonne occasion d'étudier
sérieusement leur fermeture dès aujourd'hui pour s'engager, à l'instar
de l'Allemagne, dans une sortie progressive du nucléaire en région ?
Si l'échéance de
2030 est attendue pour fermer les six réacteurs (comme
le préconise Europe Ecologie), certains auront alors 50 ans, avec tous
les risques d'accident que cet âge avancé fait courir à la région et à
ses habitants. Le scénario Virage-énergie montre clairement qu'il est
possible d'être plus ambitieux et fermer la centrale d’ici les 20
prochaines années, pour engager la région dans la transition
énergétique.
Performances
énergétiques des bâtiments: quelle ambition ?
Le soutien à la
performance énergétique des bâtiments est inscrit au
sein de tous les programmes avec néanmoins plus ou moins de précision
quant aux ambitions. C'est au niveau des bâtiments existants que les
économies de chauffage peuvent être les plus substantielles. Cet aspect
est omis par certains programmes, tel le Modem qui n'évoque que la
construction neuve passive.
Des labels son
cités sans qu'on ait de garanties s'ils sont bien
appropriés par les programmes. Ainsi, la « HQE » (Haute
Qualité Environnementale ») est citée par le PS est-elle bien
considérée ici comme une démarche (une « méthodologie ») qui
ne définit pas de critères de performance énergétique ? D’autres
labels tels que BBC (Bâtiment basse consommation), cité également par
la même liste, identifie des critères de performance énergétique.
Plus globalement,
la volonté de construire des
« écoquartiers » est citée (Majorité Présidentielle -Europe
Ecologie) sans que néanmoins ne soient décrits ce qui est entendus par
« écoquartiers ». Parle-t-on, en ce cas, d'habitat compact
(telles les maisons mitoyennes, les petits collectifs,..), de
réduction de la place accordée à l'automobile, ou bien ce terme
recouvre-t-il des formes d'habitat qui rallongent toujours plus les
distances (habitat pavillonnaire sur parcelles de plus de 500 m², …),
habitat que l'on « verdirait », à l'occasion d’un
référencement « écoquartier », en y mettant de l'isolation
écologique sous le toit ?
Une
quasi-absence de l'idée de « sobriété énergétique ».
L'illustration du « cartable numérique »
De manière
générale, on peut regretter la quasi-absence de propositions
allant dans le sens d’une plus grande sobriété et d’une modération et
d'une réduction de la consommation d’électricité. Seule une liste
utilise le terme « sobre », mais qui, dans ce cas
particulier, doit s’entendre dans le sens pour de l’efficacité
énergétique de l'outil industriel (Europe Ecologie).
L'idée de recyclage
et de réparation, citée par une liste (Europe
Ecologie) traduit peut-être une certaine volonté de s’engager
politiquement vers un changement au niveau de notre société de
consommation.
La question de la
sobriété pose en effet celle de notre modèle de
société. Quelle société souhaitons-nous construire : une société qui
repousse continuellement les limites de la consommation, ou bien une
société « sobre » qui cherche à maîtriser et réduire ses
besoins énergie, dans un objectif d'émancipation collective et
individuelle ?
L'exemple des
lycées, compétence régionale, peut illustrer les choix
politiques qui vont engager la société dans une direction ou dans une
autre. Certaines listes proposent la généralisation des
« cartables numériques » (PS, Modem). Cette action aurait
pour conséquence d'accroître d'autant plus les besoins en énergie et
notamment d'électricité (pour construire l'ordinateur, le faire
fonctionner, le recycler..). Et pour quelle finalité ? Cet outil
aurait-il réellement pour effet d'améliorer le niveau de connaissances
et de réflexion de nos lycéens ? Les véritables solutions ne
seraient-elles pas à rechercher dans la pédagogie et les moyens
humains, plutôt que dans un nouvel outil à la technicité toujours plus
complexe et énergivore ?
Offre électrique
renouvelable : rajout aux énergies existantes polluantes ou bien
véritable substitution ?
Si quasiment tous
les programmes évalués évoquent les énergies
renouvelables, on peut cependant regretter que, pour certaines listes
(PS, Majorité Présidentielle), leur développement ne semble pas aller
dans le sens d’une substitution aux énergies fossiles et fissiles.
Maîtrise des
besoins de transports : substitution à la route, ou trafic
supplémentaire ?
Les transports sont
un enjeu important pour la vie d’une région, mais
leur impact en termes d’émission de gaz à effet de serre est
considérable (25% de nos émissions régionales). Le développement
illimité des transports ne saurait constituer un but en soi.
Transport maritime.
Des projets, tels que le développement des transports maritimes et le
projet d'une 3ème gare TGV, défendus différemment par certaines
listes (Majorité Présidentielle, Front de Gauche), peuvent n'avoir pour
conséquence qu'une croissance exponentielle des besoins de transports,
et de facto, celle des émissions de gaz à effet de serre. Dans
l'optique de la lutte contre le dérèglement climatique, la
préoccupation première à cet égard devrait être la nécessaire maîtrise
des besoins de transports et la substitution du transport maritime à
d’autres modes plus polluants.
L'intention d'une
3ème gare TGV (Majorité Présidentielle) à Lesquin
peut paraître, de prime abord, louable si elle permet de substituer le
rail à l’avion. Mais est-ce le cas, surtout s’il est proposé de
desservir Lesquin ? Le choix du « toujours plus loin,
toujours plus vite » induit par le TGV, gros consommateur
d’électricité, mérite d’être questionné dans la perspective d'une
société sobre en énergie.
Bio = local ?
Par ailleurs, les circuits courts, qui permettent de réduire le besoin
de transport au niveau régional, ne font pas toujours l’objet d’une
réflexion globale. Proposer des repas bio dans tous les lycées et
CFA est intéressante (PS). Mais si cette mesure ne s’accompagne
pas du choix de produits locaux (et de saison), le bilan
environnemental et énergétique final ne sera pas nécessairement
excellent et pourrait même s'inverser pour devenir négatif (si les
poires bio viennent du Chili par exemple).
« Voitures
propres ». Un grand nombre de programmes (Front de Gauche,
MoDem, Majorité Présidentielle) font référence à un soutien à la
recherche pour la production de « voitures propres » ou
d'automobiles de l'après-pétrole (Europe Ecologie).
Il est louable de
vouloir diminuer les émissions des véhicules
individuels ; mais rappelons qu’une voiture nécessitera toujours
de l’énergie pour sa fabrication, son recyclage ou sa destruction.
Qu'il soit emprunté par des voitures « propres » ou
polluantes, un système routier induit nécessairement de la consommation
d’espaces naturels et agricoles, l’artificialisation des sols, le
morcellement des campagnes et des forêts destructeur de biodiversité...
La « voiture propre » n’existe pas, disons plutôt qu'il y a
des véhicules routiers plus ou moins polluants.
Enfin, il est utile
de rappeler que la voiture électrique, soutenue par
plusieurs listes, peut présenter un bilan environnemental faible en
carbone mais néanmoins significatif : destruction de zones naturelles
et transport important (pour l'extraction et le transport du lithium et
la fabrication des batteries), production de déchets nucléaires (si
l'origine électrique est nucléaire) voire de CO2 si le rechargement des
voitures s'opère en période de pointes de consommation électrique
(durant les vagues de froid en hiver et les vagues de chaleur en été).
Frêt fluvial. Le
fret fluvial, sous-utilisé en France, se doit d’être développé.
Cependant, il est nécessaire de tenir compte des impacts
environnementaux que comporteraient des projets lourds comme la
construction du canal Seine-Nord (Front de Gauche, PS, Majorité
Présidentielle). Cet aménagement, s'il permet réellement un transfert
du trafic routier au fluvial, moins émetteur de CO2, peut trouver sa
justification. Si le Canal Seine-Nord n'a pour objectif que de rajouter
du trafic de marchandises à celui existant, le gain environnemental
global sera négatif.
Le Canal Seine-Nord
ne peut s'affranchir, pour ces raisons, d'une
réflexion plus large sur le système de transports de marchandises et
sur les facteurs qui concourent à l'augmentation des distances
parcourues. Cette réflexion et les politiques publiques à mettre en
place pour réduire les besoins en transports de marchandises ne peuvent
s'opérer qu'à l'échelle européenne.
« Compensation
écologique ». Pour justifier du point de vue
environnemental le choix d'implantation de certaines infrastructures
lourdes de logistique et de transport tel Calais Port 2015 (Modem), il
est proposé de compenser écologiquement les aménagements : ce qu'on
détruit comme nature d'un côté est remplacé par la création d'une
nouvelle zone dite « naturelle ».Cette façon de faire
(appelée « mitigation ») pose de sérieuses limites :
incapacité à recréer 100% des écosystèmes naturels détruits ailleurs,
coûts élevés sur le long terme par rapport aux éventuels gains
économiques potentiels de court terme... Ceci est d'autant plus vrai
pour une région déjà fortement urbanisée (notamment sur la côte) et
bénéficiant de peu d'espaces de nature comparativement à d'autres
régions.
Projets
incompatibles avec la lutte contre le changement climatique. Enfin,
les propositions consistant à créer des grands projets routiers et
autoroutiers (Majorité Présidentielle) ne peuvent être ni compatibles
avec la lutte contre le dérèglement climatique ni avec les objectifs du
Grenelle de l'environnement. A cet égard, et particulièrement l'étude
Quelles finalités du
transport et de la vitesse ? Au final, qu'est-ce qui
guide notre mobilité, qu'est-ce qui motive le transport de nos
marchandises ? Comment pourrait-on réduire les distances, maîtriser nos
besoins de transports ? Ces questions interpellent celle de la vitesse
et de la recherche vers du « toujours plus vite », comme le
sous-entendent des propositions comme le projet de création du premier
centre d’essai ferroviaire ((PS, Majorité Présidentielle), la création
d’un métro rapide entre Lille et le Bassin Minier (PS). Pourquoi
chercher à aller toujours plus vite ? Quel en est, finalement, le
sens, le but ultime ? La vitesse du TGV ou du TER n’est–elle pas
déjà satisfaisante ?
Le concept de
« vitesse généralisée » dont le mode de calcul
particulier montre qu’une voiture se déplace aussi vite, au final,
qu’une bicyclette, ne devrait-il pas être davantage étudié par les
décideurs d’infrastructures de transport ?

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